Geoffrey Moret : le sur-mesure comme une histoire de confiance

Rien ne me destinait au vêtement. Formé à l’audiovisuel pour devenir ingénieur du son, j’ai découvert en voyageant un univers encore peu démocratisé en France : le sur-mesure. On l’imaginait élitiste, figé, forcément hors de prix. J’y ai vu l’inverse : l’occasion de rendre le costume sur mesure accessible, et de rencontrer des gens très différents.

Seize ans plus tard, Moret & Co est une maison de tailleur sur mesure installée à Cannes, au cœur de la Côte d’Azur : costumes, chemises, vestes, jeans et souliers, pour le quotidien comme pour un mariage.


Des débuts dans les valises, puis Cannes

En 2009, à 23 ans, je commence entre Orléans et Paris : les échantillons voyagent dans des valises, les rendez-vous se font en entreprise, puis chez les clients. D’abord des tenues professionnelles ; puis, par le bouche-à-oreille, les premiers costumes de mariage. Ce que l’on appelle aujourd’hui un rendez-vous découverte, je le faisais déjà sans lui donner ce nom.

En 2013, en visite chez mon frère à Cannes, je découvre sous son appartement une petite boutique à reprendre. Deux mois plus tard, j’en ai les clés. Des clients exigeants me font vite confiance ; certains sont encore là aujourd’hui.


Apprendre le métier sans jamais prétendre être tailleur

Je ne suis pas tailleur : le tailleur est celui qui coupe le tissu, et je tiens à respecter le métier de chacun. Mon expertise s’est construite auprès des tailleurs avec qui je travaille : prise de mesures, proportions, tombé des étoffes, montage d’une épaule.

Aujourd’hui, nous réalisons entre 300 et 350 tenues par an, et chaque client arrive avec sa propre demande : une morphologie atypique, un mariage sous la chaleur, un dirigeant qui voyage, un sportif aux épaules hors normes. Cette succession de cas particuliers fait notre polyvalence. Les souliers sont venus de la même façon : un artisan réalisait ses patines dans l’ancienne boutique, et à son contact j’ai appris le montage d’un soulier ; les chaussures sur mesure ont rejoint les costumes et les chemises.

J’apprends encore tous les jours — de nouvelles techniques, de nouvelles matières, et surtout de mes clients, jeunes ou moins jeunes — tout en gardant notre identité. Le but n’a jamais été de faire ce que tout le monde fait.


L’exigence d’aller plus loin

Autour de 2016, ma clientèle et ses attentes ont changé. La qualité des étoffes ne suffisait plus : la fabrication elle-même devait monter d’un cran.

C’est alors que j’ai commencé à travailler avec un nouvel atelier, celui avec lequel nous travaillons encore aujourd’hui. Avant de lui confier le moindre client, j’ai commandé une veste et un costume pour moi-même, puis, avec ma couturière — toujours à mes côtés —, nous avons démonté la veste pour en examiner la construction intérieure et les finitions. Le niveau était là.

Depuis, cet atelier n’a cessé de progresser : entoilage traditionnel, machines de dernière génération pour la précision et, pour les projets qui le méritent, des pièces entièrement faites à la main, boutonnières et finitions comprises. Certaines de ces tenues 100 % main représentent un travail que je trouve encore aujourd’hui extraordinaire.

Les matières, elles, sont européennes : laines italiennes et anglaises, lins, cotons et soies des grands drapiers cités sur le site. Nos liasses sont renouvelées au fil des collections : il y a toujours, en boutique, des tissus excellents à voir et à toucher.


« Chez vous, ce n’est pas l’usine »

Ce sont les mots de mes clients. Chaque rendez-vous prend le temps nécessaire : comprendre une personnalité, un métier, une occasion, une façon de porter le vêtement. Ce qui m’anime, c’est la rencontre, et ce moment où quelqu’un se découvre dans le miroir, la tenue sur les épaules : le regard qu’il porte sur lui-même change.

Cette confiance dure. Des clients commandent chez nous depuis les tout débuts ; d’autres, installés en Grèce, aux États-Unis, en Angleterre ou en Afrique, renouvellent leur garde-robe chaque année à distance, et nous expédions tenues et tissus partout en France, en Europe et au-delà. Futurs mariés, dirigeants, sportifs reconnus, clientèle internationale de la Côte d’Azur : l’approche reste la même — écouter, et concevoir une tenue qui ressemble à la personne.


Un sur-mesure vivant et accessible

Deux idées reçues à faire tomber : le costume sur mesure ne commence pas à plusieurs milliers d’euros — chez nous, dès 700 € — et il n’appartient pas à un univers vieillissant. Professionnel, mariage, cérémonie, sport chic : il s’adapte à celui qui franchit la porte, pas l’inverse.

À chaque commande qui arrive de l’atelier, j’ouvre la housse avec la même impatience qu’au premier jour : jamais deux fois la même pièce. Après plus de seize ans, l’intuition des débuts reste intacte : derrière chaque vêtement réussi, il y a d’abord une rencontre.